L'Ascenseur qui dit tout sur la ville
Une seule montée dans l'Ascenseur Lacerda suffit à comprendre Salvador. Soixante-douze mètres parcourus en moins d'une minute — on descend des hauteurs coloniales de la Cidade Alta jusqu'au port vivant de la Cidade Baixa — et l'on ressent physiquement le caractère double de la ville. En haut : des églises baroques du XVIIe siècle, des pavés polis par quatre siècles de pas, des effluves d'encens de cérémonies candomblé qui flottent dans la chaleur de l'après-midi. En bas : des ferries vers l'île d'Itaparica, des barques de pêcheurs, des étals de marché où les crevettes séchées se vendent au kilo.
Cet écart — 72 mètres d'histoire comprimés dans une cage d'ascenseur — en dit plus sur Salvador que n'importe quel texte touristique.
Troisième ville du Brésil par la taille, elle est aussi la plus complexe. Fondée en 1549 comme première capitale coloniale du pays, Salvador est devenue le plus grand port négrier des Amériques — une histoire que la ville affronte depuis des siècles. Plus de 80 % des Salvadoriens ont des origines africaines, et ce chiffre n'est pas qu'une donnée démographique. On le perçoit dans les tambours de l'Olodum qui résonnent contre les murs du Pelourinho un jeudi soir, dans l'huile de palme dendê qui teinte chaque ragoût d'un orange profond, dans la façon dont le Carnaval d'ici ne ressemble en rien à celui de Rio.
Rien de tout cela n'apparaît dans un argumentaire d'hôtel. Entrons donc dans le concret.
Les trois quartiers — et pourquoi le choix est décisif
La plupart des voyageurs ont tort de considérer Salvador comme un tout homogène. La ville s'étire le long d'une péninsule, et le quartier où l'on loge détermine la nature du séjour. Trois secteurs dominent la réflexion.
Le Pelourinho se trouve dans la Cidade Alta — le quartier historique classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, tout en pavés et en façades aux couleurs franches. C'est la partie la plus photographiée de Salvador. Séjourner ici, c'est se retrouver à 100 mètres de l'Igreja de São Francisco et à portée de son des tambours presque chaque soir. C'est aussi la zone la plus fréquentée par les touristes et la plus exposée aux petits vols.
Barra se situe 5 km au sud-ouest : c'est le choix naturel des voyageurs en première visite qui souhaitent combiner plage et vie culturelle. Un vrai quartier où les gens habitent — et la plage de Porto da Barra est réellement agréable : eau calme abritée par la baie, phare de 1698 à la pointe, familles en semaine. Les prix, des hôtels aux caipirinhas, sont environ 20 à 30 % inférieurs à ceux du centre historique.
Rio Vermelho, c'est là que les Salvadoriens aisés dînent et sortent. Moins de pièges à touristes, de meilleures tables, et une fête de rue le mercredi soir que la plupart des guides oublient de mentionner. Pour un séjour de plus de quatre nuits, c'est le quartier à privilégier.
| Quartier | Ambiance | Niveau de prix | Idéal pour |
|---|---|---|---|
| Pelourinho | Colonial, classé UNESCO | $$–$$$ | Passionnés d'histoire, courts séjours |
| Barra | Plage et commodités | $–$$ | Première visite, équilibre mer/ville |
| Rio Vermelho | Gastronomique, local | $$–$$$ | Séjours prolongés, amateurs de cuisine |
| Ondina | Calme, résidentiel | $–$$ | Tranquillité et locations longue durée |
Consultez tous les hôtels à Salvador pour comparer les tarifs actuels selon les quartiers — les écarts entre secteurs sont significatifs, notamment aux alentours du Carnaval.
Le Pelourinho : le XVIIe siècle à hauteur de rue
L'Igreja de São Francisco est incontournable. Son intérieur compte parmi les exemples les plus extravagants du baroque portugais : environ 800 kilogrammes d'or recouvrent chaque surface, chaque autel, chaque recoin du plafond. L'entrée coûte 20 R$ (environ 4 USD). La queue se forme rapidement après 9h ; arriver à 8h30, à l'ouverture, permet de profiter de la nef pour soi pendant une vingtaine de minutes. Le silence qui y règne, cerné de tout cet or, est franchement déconcertant.
Le Museu Afro-Brasileiro occupe le haut de la place Terreiro de Jesus. Petit — 5 R$ l'entrée, 45 minutes pour en faire le tour sérieusement — il offre l'une des meilleures introductions à l'histoire afro-brésilienne et à la tradition religieuse du Candomblé que l'on puisse trouver. Ne pas le snober sous prétexte qu'il paraît austère.
Le jeudi soir, c'est l'événement principal. Dès 19h environ, les scènes en plein air s'animent aux rythmes d'Olodum — le groupe de percussion dont le corps de tambours a influencé Paul Simon sur Rhythm of the Saints (1990). Le spectacle est gratuit, assourdissant, et profondément émouvant. Une bière fraîche achetée à un vendeur ambulant (7 à 10 R$), une place debout sur la place, et surtout ne pas partir avant la fin.
La Fundação Pierre Verger est une petite fondation photographique consacrée aux échanges culturels entre l'Afrique de l'Ouest et Bahia, ouverte du mardi au vendredi pour 20 R$. Les tirages qui y sont exposés n'ont aucun équivalent dans la ville.
Un avertissement pratique : les pickpockets sévissent au Pelourinho. Sans danger réel — les actes de violence sont rares dans le cœur touristique — mais les sacs tailladés et les téléphones arrachés arrivent. Mieux vaut garder son téléphone dans une poche avant, éviter de porter un appareil photo avec une longue lanière, et ignorer poliment les hommes qui s'approchent en proposant leurs services de guide sans avoir été sollicités. La vigilance habituelle d'une grande ville, pas une raison de bouder le quartier.
Porto da Barra : la seule plage où l'on se baigne vraiment
Salvador s'étire sur 50 km de littoral, mais on n'y nage pas partout — houle atlantique agitée, rochers et qualité de l'eau inégale rendent la plupart des plages plus décoratives que pratiques. Porto da Barra fait figure d'exception.
Ce croissant de sable de 400 mètres s'abrite à l'intérieur de la Baía de Todos os Santos, à l'écart de l'Atlantique ouvert. La température de l'eau oscille entre 27 et 29 °C en été, la mer est assez calme pour les enfants et assez claire pour voir ses pieds dans les petits fonds. Le mardi matin à 9h, la plage est quasi déserte. Le samedi après-midi, elle accueille quelque 10 000 personnes.
Le phare du Forte de Santa Maria, à la pointe de la plage, remonte à 1698. On peut s'approcher de la base — ce n'est pas un musée, l'accès intérieur est fermé — mais la vue sur la baie depuis les rochers alentour surpasse n'importe quel belvédère payant de la ville.
Après la baignade, cinq minutes à pied vers l'intérieur suffisent. Les barracas sur le sable servent de l'eau de coco fraîche (8 R$), ce qui les rend utiles pour ça. Les vrais restaurants — moins chers, mieux ventilés, fréquentés par les habitants — se trouvent une rue en retrait.
Le littoral au nord de Salvador est celui que Caetano Veloso chantait. Les plages d'Itapuã, Stella Maris et Flamengo sont plus larges, presque vides en semaine, et accessibles en bus (45 à 70 minutes depuis Barra) ou par application de VTC. Les barracas en bord de route y proposent l'eau de coco à 6 R$. Une demi-journée bien employée pour qui dispose de quatre nuits ou plus.
Ce qu'on mange : la cuisine bahianaise, un univers à part entière
Ce qui surprend les visiteurs dès leur arrivée : la cuisine bahianaise n'est pas la cuisine brésilienne. Ou plutôt, elle l'est au même titre que la cuisine sichuanaise est chinoise — même pays, univers radicalement différent. L'ingrédient fondateur est l'huile de palme dendê, qui teinte chaque plat d'un orange profond et développe un goût sans équivalent. Pour qui n'a mangé qu'à São Paulo ou Rio, tout est à redécouvrir.
L'acarajé : le premier repas à faire
À déguster dans les douze premières heures. L'acarajé est une boulette de haricots à œil noir frite dans l'huile de dendê, fendue en deux et garnie de vatapá (pâte de crevettes et de cacahuètes), de caruru (ragoût de gombo), de crevettes séchées et de sauce pimentée. Compter entre 15 et 25 R$ chez une baiana de rue. Les meilleures sont vendues par des femmes en robe de dentelle blanche traditionnelle, et il y a presque toujours une file d'attente. Cette file d'attente veut dire quelque chose.
L'adresse incontournable : Acarajé da Cira, à Rio Vermelho, ouvert à partir de 15 h tous les jours. Cira vend ses acarajés depuis des décennies. Le week-end, prévoir 20 à 30 minutes d'attente — mieux vaut en commander deux, car on en veut toujours deux.
La moqueca baianaise : le ragoût qui définit Salvador
Ce ragoût de poisson ou de fruits de mer, Salvador le prépare mieux que partout ailleurs. La version bahianaise associe lait de coco et huile de dendê, ce qui la distingue de la moqueca de l'Espírito Santo (portant le même nom). La différence est essentielle. C'est bien la version bahianaise qu'il faut chercher.
Le restaurant Iemanjá, à Rio Vermelho, propose la meilleure moqueca de la ville — c'est l'avis unanime des Salvadoriens interrogés. Compter entre 80 et 120 R$ pour deux personnes. Le bobó de camarão — crevettes en sauce de manioc et de lait de coco — est tout aussi remarquable et légèrement moins cher.
Pour une version plus abordable mais d'excellente tenue : Bar Zulu, près du Pelourinho, ouvert le midi uniquement, entre 45 et 55 R$ par personne. Demander le prato do dia — moqueca, bobó et poisson grillé se succèdent au fil de la semaine.
Boissons et bonnes adresses de courses
Les caipirinhas sont partout et sans mauvaise surprise. Ce qu'il faut vraiment goûter ici, c'est le licor de jenipapo — une liqueur tirée d'un fruit originaire du nord-est du Brésil, au goût à la fois médicinal et envoûtant. Les épiceries le proposent entre 25 et 40 R$. À rapporter dans ses bagages.
Le Mercado Modelo, dans la Cidade Baixa au pied de l'ascenseur Lacerda, rassemble tous les indispensables du garde-manger bahianais : huile de dendê (chercher « azeite de dendê » sans additifs mentionnés), crevettes séchées, vin de cajou et vatapá en bocaux. L'endroit est touristique, mais les produits sont authentiques.
Carnaval, candomblé et l'âme africaine
Le Carnaval de Salvador se déroule sur cinq jours avant le mercredi des Cendres — généralement en février — et attire 2 à 3 millions de personnes dans les rues. Les grands circuits (Barra-Ondina, Osmar et Campo Grande) sont animés par des trios elétricos : des scènes mobiles montées sur des camions entourés de murs d'enceintes. Autour de chaque camion, des camarotes et des zones abadás (espaces payants) délimitent un périmètre ; en dehors, c'est la « pipoca » — la foule libre qui suit le mouvement.
Une soirée en camarote coûte entre 400 et 1 500 R$ selon le plateau artistique. Ivete Sangalo, Olodum et Bell Marques sont les têtes d'affiche ; open bar inclus. Cela vaut le détour pour une nuit. Réserver en octobre au plus tard — les places partent vite.
La pipoca est gratuite et complètement déchaînée. Les deux formules se défendent. L'erreur serait de vouloir combiner les deux le même soir : à la troisième heure, la fatigue prend le dessus et aucune des deux expériences ne laisse vraiment son empreinte. Mieux vaut choisir sa priorité.
Le candomblé est la religion afro-brésilienne qui mêle les traditions yoruba venues d'Afrique de l'Ouest à des éléments catholiques et autochtones. Salvador compte plus de terreiros (temples) en activité que n'importe quelle autre ville du pays. Les cérémonies publiques — appelées festas — sont ouvertes aux visiteurs respectueux, qui doivent généralement se vêtir de blanc. Le temple Ilê Axé Opô Afonjá, situé dans le quartier de São Gonçalo do Retiro, est l'un des terreiros les plus importants du Brésil sur le plan historique ; les offices de tourisme culturel communiquent le calendrier des cérémonies en cours.
Le Museu do Carnaval, sur le front de mer de Barra, retrace toute l'année l'histoire des costumes de carnaval, la culture du trio elétrico et le contexte afro-brésilien. Entrée : R$ 12, ouvert du mardi au dimanche — une bonne heure et demie de visite, même en dehors de la saison du Carnaval.
Se rendre à Salvador et se déplacer en ville
Aéroport : l'aéroport international Deputado Luís Eduardo Magalhães (SSA) se trouve à 28 km au nord-est du centre-ville. En taxi officiel jusqu'à Barra : R$ 60–80, soit environ 45 à 60 minutes. Jusqu'au Pelourinho : R$ 70–90, 50 à 70 minutes. Négociez le prix à la borne officielle avant de monter, ou utilisez Uber ou 99 depuis votre téléphone — les applications coûtent R$ 15 à 20 de moins.
Les bus municipaux desservent l'essentiel de la ville. Les lignes de la série 800 relient Barra au Pelourinho via Ondina (tarif unique : R$ 4,40) et Google Maps fonctionne de façon fiable pour les lignes de Salvador. Pour l'aéroport, des bus rejoignent le centre commercial Iguatemi, principal hub de correspondance pour toutes les zones.
Les applications de VTC reviennent à R$ 15–25 pour la plupart des trajets en centre-ville. Les embouteillages de l'Avenida Sete de Setembro en fin d'après-midi (17h–19h en semaine) sont redoutables — comptez 20 à 30 minutes supplémentaires si vous traversez la ville à cette heure-là.
L'ascenseur Lacerda fonctionne de 7h à 23h tous les jours pour R$ 0,15. Si vous logez au Pelourinho et souhaitez rejoindre le Mercado Modelo ou l'embarcadère pour Itaparica, c'est le moyen le plus simple. Sans doute le meilleur rapport qualité-prix en matière de transport au Brésil.
Meilleure période : de mai à septembre. La saison sèche offre des températures de 26 à 30 °C, une humidité nettement moins lourde et des tarifs bien inférieurs à ceux de la période du Carnaval. De décembre à mars, la chaleur et l'humidité sont intenses, avec un pic de tourisme intérieur en décembre et janvier.
Juin et juillet représentent la fenêtre idéale : temps sec, températures agréables et Porto da Barra bien moins fréquentée que les week-ends de haute saison.
Monnaie : le real brésilien (BRL). Les cartes bancaires sont acceptées dans la grande majorité des restaurants et commerces de Barra et du Pelourinho. Les vendeurs de rue, les barracas de plage et les petits restaurants du midi préfèrent le liquide. Prévoyez R$ 200 à 400 pour les excursions à la journée. Les distributeurs Bradesco et Banco do Brasil offrent les meilleurs taux pour les cartes étrangères — évitez les bureaux de change à la sortie des arrivées.
Un programme sur cinq jours
Pas besoin d'un planning minute par minute. Mais avec cinq jours et un agenda souple, voici la trame à suivre.
Jour 1 : arrivée, installation à Barra, promenade jusqu'à Porto da Barra avant la tombée de la nuit. Dîner dans un boteco près du phare — R$ 40–60, poisson grillé, bière fraîche, immersion immédiate.
Jour 2 : matinée au Pelourinho. Igreja de São Francisco à 8h30. Museu Afro-Brasileiro dès 10h. Déjeuner sur la place Terreiro de Jesus (prato feito : R$ 20–30, riz, haricots, viande, salade). Le jeudi soir : l'Olodum. Les autres soirs : retour à Barra, plus tranquille et plus simple.
Jour 3 : excursion à l'Ilha de Itaparica en ferry depuis le terminal du Mercado Modelo (R$ 8 l'aller, 45 minutes). Une île paisible, de belles plages, bien moins de touristes que partout sur le continent — et une moqueca de peixe dont le souvenir ne lâche pas. Retour avant la nuit.
Jour 4 : déjeuner à Rio Vermelho — Iemanjá si le budget le permet, sinon les adresses autour de la place principale. Après-midi au Museu do Carnaval. Le mercredi soir : fête de rue. Les autres soirs : les bars le long du front de mer de Rio Vermelho, qui valent franchement le détour.
Jour 5 : matinée sans pression. Plage d'Itapuã ou de Stella Maris avant 10 h. Retour vers 15 h. Mercado Modelo pour l'huile de dendê et les crevettes séchées. Aéroport.
Un avertissement à prendre au sérieux
L'insécurité à Salvador est une réalité. La bonne nouvelle : elle se concentre presque exclusivement hors des circuits touristiques décrits ici. Les quartiers périphériques au-delà de Rio Vermelho, les zones entre le centre historique et les plages nord, les abords de la gare routière après la tombée de la nuit — rien de tout cela ne relève de l'infrastructure touristique.
Privilégiez les applications de VTC la nuit plutôt que de longer des itinéraires inconnus à pied. Évitez de porter un appareil photo coûteux en bandoulière dans le Pelourinho. Gardez votre téléphone dans la poche quand vous ne l'utilisez pas. Ce sont les précautions habituelles dans toute grande ville d'Amérique latine — une vigilance raisonnée, pas de la paranoïa.
L'autre versant de la médaille : Salvador est l'une des villes les plus accueillantes du Brésil. Demandez une recommandation de restaurant, on vous en donnera trois. La baiana qui vend l'acarajé vous appellera d'un geste pour une photo. Le groupe qui joue sur la place du Pelourinho vous fera signe d'approcher. Cette générosité est authentique, et il serait dommage de ne pas s'y abandonner.
HotelScout recense 506 hôtels à Salvador, des chambres à moins de 150 R$/nuit à Barra jusqu'aux pousadas de charme du centre historique. Le choix du quartier reste le facteur le plus déterminant sur le coût réel du séjour — et sur ce qu'on en retient vraiment.