Zante ressemble à une seule île sur la carte, mais donne l'impression de quatre séjours totalement différents selon l'endroit où l'on pose ses valises. Réservez une chambre dans la mauvaise baie et vous passerez la semaine en taxi. Réservez au bon endroit et vous n'en aurez jamais besoin.
C'est tout le problème de cette île. Elle est compacte — on peut la traverser d'un bout à l'autre en moins de deux heures en voiture — mais les quatre bases principales (la ville de Zante, Tsilivi, Laganas et Alykes) correspondent chacune à un type de séjour complètement différent. L'une est pensée pour les ferries et les dîners dans la vieille ville. L'autre pour les enfants et les eaux peu profondes. Une troisième pour les cocktails à deux heures du matin à une centaine de mètres d'une plage protégée où pondent les tortues, ce qui est un mélange plus étrange qu'il n'y paraît. Se tromper de base, et toute la semaine sonne faux, même si l'hôtel en lui-même est très correct.
On va passer les bases en revue une par une, puis aborder les détails logistiques dont personne ne parle jusqu'au jour où l'on se retrouve au comptoir d'un loueur de voitures en juillet, à se demander pourquoi tous les véhicules sont déjà partis.
La ville de Zante : la praticité avant la plage
La ville de Zante (que les habitants appellent Chora) a été rasée par le tremblement de terre de 1953 et reconstruite sur un plan vénitien en damier, ce qui explique pourquoi les façades néoclassiques de la rue Alexandrou Roma paraissent presque trop soignées pour une capitale d'île grecque. Ce n'est pas une ville balnéaire. Il y a bien une étroite bande de sable près du port de plaisance, mais c'est à peu près tout — la plupart des visiteurs ne se baignent pas depuis leur hôtel, ils s'en servent comme base pour découvrir le reste de l'île.
Ce qu'elle offre en revanche : le port de ferries vers Kyllini sur le continent (1 h 15 de traversée, toute l'année), l'aéroport à 6 km au sud, et la meilleure concentration de vraies tavernes de l'île — pas des buffets de complexe hôtelier, mais des adresses où le patron discute encore avec son poissonnier à 7 heures du matin. L'église d'Agios Dionysios ancre le port sud ; elle mérite le détour même sans intérêt religieux particulier, ne serait-ce que pour l'intérieur à la feuille d'or et la vue sur les barques de pêcheurs amarrées devant.
À privilégier si l'on loue une voiture et souhaite véritablement parcourir l'île, ou si l'on prend un ferry tôt le matin et préfère éviter 40 minutes de route à 6 heures. À éviter si le but du séjour est la plage — il faudra de toute façon y prendre la voiture, autant alors dormir plus près du sable. Les chambres en ville sont sensiblement moins chères que sur les bandes hôtelières en août, la demande y étant plus régulière tout au long de l'année.
Parcourez les hôtels de la ville de Zante et de toute l'île avant de vous décider — les disponibilités se réduisent vite pour juillet et août, parfois six mois à l'avance pour les établissements 4 étoiles bien notés près du port de plaisance.
Tsilivi : là où les familles finissent toujours par atterrir
À cinq kilomètres au nord de la ville, Tsilivi est la réponse par défaut à la question « où loger avec des enfants à Zante ». La plage est longue, plate et sableuse, avec une pente douce vers l'eau — pas de rochers à contourner, pas de brusque dénivelé. Ce simple fait pèse plus lourd que n'importe quelle liste d'équipements.
La station elle-même n'a rien de glamour, et c'est tant mieux : une bande d'hôtels 3 et 4 étoiles, de tavernes, d'épiceries, et suffisamment de loueurs de matériel nautique pour ne jamais attendre longtemps un jet-ski ou une bouée tractée. Ce n'est pas sophistiqué. Personne ne prétend le contraire. Ce que Tsilivi offre, c'est une plage sur laquelle on peut vraiment se détendre pendant que les enfants construisent des châteaux de sable à trois mètres, et un trajet de 10 minutes jusqu'à la ville de Zante pour un vrai dîner en soirée.
Quelques précisions honnêtes : Tsilivi est très fréquentée en haute saison, la vie nocturne reste discrète (des bars familiaux, pas de clubs), et le sable peut devenir désagréablement chaud dès 13 heures en août — pensez aux chaussures d'eau pour la descente vers la plage. Pour des soirées un peu plus animées sans tomber dans l'ambiance de Laganas, Alykanas et Alykes, juste au nord, proposent une version plus calme et légèrement plus « adulte » de la même formule.
Laganas : la baie à double visage
Voici ce qu'il y a d'étrange avec Laganas. Sa baie de 9 kilomètres est l'un des sites de nidification les plus importants de Méditerranée pour la tortue caouanne — les femelles Caretta caretta viennent y pondre la nuit, de juin à août — et c'est en même temps le secteur le plus dense en bars de plage et clubs de toute l'île. Les deux réalités coexistent sur le même sable, à des heures différentes.
Le jour, c'est une plage agréable et sans histoire, aux eaux peu profondes et tièdes, avec des excursions en bateau vers le banc de sable de Marathonisi (« l'île aux Tortues »). La nuit, en particulier sur la portion centrale, l'endroit devient le plus bruyant de Zante — on se rapproche davantage d'une ambiance de club façon Espagne continentale que d'une soirée grecque tranquille. Pendant la saison de nidification, les autorités locales restreignent l'accès nocturne à certaines sections balisées de la plage ; la signalétique est claire et mérite d'être respectée, à la fois pour les tortues et parce que les gardes effectuent des contrôles.
Pour qui a 22 ans et veut sortir tous les soirs, Laganas tient ses promesses. Pour une famille ou pour qui préfère une soirée tranquille avec un livre, ce n'est pas le bon point de chute — mieux vaut opter pour Tsilivi ou Alykes, et venir passer une journée à la plage si l'on souhaite tout de même la découvrir.
Argassi : le juste milieu dont personne ne parle
Argassi se situe juste au sud de la ville de Zante, à environ 20 minutes de marche du centre par la route côtière, avec sa propre plage et une ambiance nocturne bien plus calme qu'à Laganas. La plupart des guides l'ignorent, ce qui est dommage : c'est sans doute le meilleur compromis de l'île pour qui veut à la fois l'accès à la plage, une vie nocturne modérée et des dîners dans la vieille ville, sans avoir à louer une voiture tous les jours.
La plage en elle-même n'a rien d'exceptionnel selon les standards de Zante — correcte, sans plus — mais l'emplacement fait toute la différence. Les hôtels s'y situent généralement en milieu de gamme, entre le bon rapport qualité-prix familial de Tsilivi et le tarif premium de la marina de la ville de Zante.
Alykes et le nord tranquille
Sur la côte nord, Alykes et sa voisine Alykanas troquent la vie nocturne contre la tranquillité. La baie est plus abritée que celles de Laganas ou Tsilivi, la clientèle y est plutôt plus âgée et composée de couples, et c'est le point de départ naturel pour les excursions dans le nord-ouest de l'île — notamment vers les Grottes Bleues et Navagio.
Il faut compter 30 à 40 minutes de route depuis la ville de Zante, un détail qui compte si l'on arrive en avion et qu'on ne souhaite pas un long transfert après un vol retardé. En échange, on profite d'un point de chute vraiment reposant, avec vue sur le coucher de soleil au-dessus de l'eau, et sans les basses des bars de plage qui résonnent jusque dans la chambre à minuit.
La plage de Navagio : la photo que tout le monde cherche à prendre
Tous les itinéraires à Zante tournent autour d'une seule image : une épave rouillée sur du sable blanc, encerclée de falaises, avec une eau quelque part entre le turquoise et l'irréel. C'est Navagio, et la réalité est à la hauteur de la photo, avec une seule contrainte : on ne peut pas s'y rendre en voiture.
C'est gratuit, offre une vue plongeante sur toute la baie, et pris d'assaut au coucher du soleil — mieux vaut y aller à 8 h ou accepter la foule.
Quelques points utiles à connaître avant de réserver
- Saison de nidification des tortues (juin–août) : certaines portions de la baie de Laganas ferment la nuit. Ces restrictions existent parce que les tortues caouannes sont réellement menacées en Méditerranée — mieux vaut respecter la signalétique et éviter le flash si l'on aperçoit une ponte.
- Les ferries partent de Kilini, et non de Patras — une confusion fréquente chez les voyageurs qui transitent par le Péloponnèse pour la première fois. La traversée dure 1 h 15 et plusieurs départs sont proposés chaque jour en été.
- La plupart des séjours durent de cinq à sept nuits. De quoi consacrer une journée complète au tour de l'île (Navagio et les Grottes bleues), passer quelques journées de plage près de son hébergement, et profiter d'une soirée à Zante-ville.
- Les transats sur les plages les plus fréquentées ne sont pas gratuits. Compter entre 10 et 15 € pour deux transats et un parasol à Laganas ou Tsilivi en haute saison — les paiements en espèces restent la norme dans la plupart des bars de plage.
- Il est préférable de réserver les excursions en bateau vers Navagio via son hôtel ou une agence locale plutôt qu'en ligne sans repères : les disponibilités et les tarifs varient au jour le jour selon la météo et la demande, et les opérateurs locaux savent quelles matinées offrent les traversées les plus calmes.
Les voyageurs venus plusieurs fois à Zante finissent souvent par combiner les deux ambiances — quelques nuits près de Zante-ville ou d'Argassi pour la gastronomie et la proximité du ferry, puis quelques nuits au nord, du côté d'Alykes, pour la tranquillité et les excursions en bateau. Pour qui ne peut choisir qu'une seule base, mieux vaut se fier à ce que l'on attend réellement de son séjour plutôt qu'aux photos les plus flatteuses. Explorez les hôtels à Zante par secteur pour affiner son choix.