La première fois que la brume se lève sur la rivière Li, on s'arrête de parler en pleine phrase. Toutes les photos de guides de voyage sur Guilin ont l'air retouchées — ces pics karstiques impossiblement escarpés, hérissés d'herbe, empilés les uns derrière les autres comme un décor de théâtre — et puis on se retrouve sur un radeau à 7 heures du matin à regarder la réalité se dissoudre hors de la brume, et il s'avère que les photos étaient en dessous de la vérité.
Guilin attire les voyageurs depuis la dynastie Tang, lorsque les poètes ont commencé à écrire que « le paysage sous le ciel est le plus beau à Guilin » (桂林山水甲天下) — et onze siècles plus tard, cette formule figure encore sur les torchons et les autocollants de taxi dans toute la ville. Les collines karstiques se sont formées il y a plus de 300 millions d'années à partir d'un fond marin de calcaire soluble, sculptées par l'eau en tours, grottes et dolines qui définissent toute la région. C'est vraiment l'un des paysages les plus étranges et les plus photogéniques de la planète, et il est encore plus saisissant en vrai que sur le papier.
Ce guide indique où dormir concrètement, comment faire la rivière Li sans y sacrifier une journée entière de voyage, si Yangshuo mérite le trajet en bus supplémentaire, et ce qu'on peut manger en dehors des nouilles que tous les blogs mentionnent dès le premier paragraphe (bon, j'en parlerai aussi — elles sont bonnes).
Où poser ses valises
La plupart des visiteurs qui viennent pour la première fois se compliquent inutilement la tâche. Il existe en réalité trois options raisonnables, et le choix dépend surtout du nombre de jours dont on dispose et de l'envie ou non d'être près de l'eau dès 6 heures du matin.
Le quartier des Deux Rivières et Quatre Lacs s'impose comme évidence si c'est la seule étape du voyage. Ce quartier tire son nom des rivières Lijiang et Taohua, reliées aux lacs Rong, Shan, Gui et Mulong par une boucle qui ceinture le centre-ville historique — on peut parcourir tout le circuit à pied en environ deux heures sans se presser. Les chambres coûtent entre 180 ¥ la nuit pour un trois-étoiles propre et 900 ¥ et plus pour une suite avec vue sur la rivière près de la rue piétonne Zhengyang. Ce qu'on paie ici, c'est la proximité : la colline de la Trompe d'Éléphant se trouve à 10 minutes à pied de la plupart des hôtels de cette zone, et le défilé nocturne de bateaux illuminés sur la boucle des Deux Rivières (billets à partir de 180 ¥, à réserver le jour même au guichet du ponton ou la veille en ligne) passe juste sous les fenêtres de plusieurs établissements. Ce quartier convient pour trois nuits ou moins, si l'on veut éviter tout temps de trajet.
Yangshuo, à environ 60 km au sud, accessible en bus direct en 70 à 80 minutes (25-40 ¥ selon l'opérateur) ou par la croisière plus lente et plus pittoresque sur la rivière Li, propose un tout autre type de séjour. C'est une ville construite au cœur même du karst plutôt qu'à ses abords — les pics s'élèvent directement derrière les pensions de la rue de l'Ouest, et on peut louer un vélo pour 20-30 ¥ par jour et pédaler au milieu des rizières dix minutes après avoir quitté sa chambre. Les pensions y sont moins chères qu'à Guilin même (120-250 ¥ pour une chambre de bon niveau avec vue sur la montagne), et toute la ville vit à un rythme plus lent. Avec quatre nuits ou plus, mieux vaut répartir le séjour — deux nuits à Guilin, deux à Yangshuo. Éviter d'y faire une excursion d'une seule journée : la ville se savoure en prenant son temps, surtout au crépuscule quand les cars de touristes se sont vidés.
Le secteur du parc des Sept Étoiles, à l'est du centre-ville, est l'option dont personne ne parle avant d'avoir déjà payé trop cher une fois en plein centre. Les tarifs y sont 20 à 30 % inférieurs à ceux du quartier des Deux Rivières et Quatre Lacs pour une qualité comparable, les rues sont plus calmes, et on reste sur des lignes de bus qui desservent le reste de la ville. Le parc des Sept Étoiles lui-même — avec ses sept pics disposés comme la Grande Ourse, ainsi que la colline du Chameau et un réseau de grottes — mérite une demi-journée même sans y loger. L'entrée coûte 75 ¥.
Vous pouvez consulter les hébergements disponibles dans les trois zones sur la page dédiée à Guilin, ce qui permet de comparer l'offre réelle sur vos dates de voyage plutôt que de se fier à des moyennes.
La croisière sur la rivière Li, sans les idées reçues
Tous les guides recommandent la croisière sur la rivière Li. Peu expliquent qu'il en existe deux versions bien différentes, et se tromper de formule fait perdre une demi-journée et 300 ¥.
La croisière complète part de l'embarcadère de Zhujiang (ou de Mopanshan, selon le niveau de l'eau) et va jusqu'à Yangshuo — environ 83 km, quatre à cinq heures, et c'est la version qui vaut vraiment le déplacement. Les bateaux partent entre 8h30 et 9h30, et il vaut mieux prendre l'un des premiers départs : la lumière y est meilleure, le pont moins bondé, et l'on évite l'éblouissement de midi qui aplatit les reliefs karstiques en simples silhouettes. Les billets coûtent entre 280 et 460 ¥ selon la saison et la classe du bateau ; en haute saison — d'avril à octobre —, il est conseillé de réserver au moins deux jours à l'avance. En juillet et août surtout, les billets du jour même peuvent tout simplement être épuisés.
La version courte, parfois vendue comme un « circuit des points forts de la rivière Li », ne couvre que le tronçon entre Yangdi et Xingping et dure environ 90 minutes. Elle traverse le fameux passage qui figure au dos du billet de 20 ¥ (oui, c'est un site bien réel que l'on peut photographier), mais elle passe à côté du déroulé plus lent du paysage qui fait tout l'intérêt du trajet complet. Si le temps manque, mieux vaut opter pour la croisière courte suivie d'un après-midi à Yangshuo plutôt que pour la longue version sans rien d'autre ensuite.
Une chose que personne ne mentionne : il vaut mieux apporter ses propres en-cas et de l'eau. La restauration à bord est chère et médiocre, et le bateau ne s'arrête nulle part où l'on pourrait trouver mieux.
Yangshuo : un détour qui vaut le coup, avec quelques réserves
Yangshuo est souvent présentée comme une alternative « authentique » à l'agitation urbaine de Guilin, mais cette image a bien dix ans de retard. La rue de l'Ouest (West Street) est aujourd'hui résolument, et sans complexe, touristique — menus en anglais, bars à bière artisanale, une chaîne de cafés nichée dans un bâtiment de style Qing. Ceux qui s'attendent à un village encore préservé seront déçus.
Ce que Yangshuo offre réellement, c'est un accès direct. Les pitons karstiques ne sont pas un simple décor ici, ce sont les voisins immédiats de la ville, et une balade en radeau de bambou sur la rivière Yulong (120 à 180 ¥ pour un radeau de deux personnes, environ une heure) permet de s'approcher des formations rocheuses bien plus que ne le fait la grande croisière sur la rivière Li, pour une fraction du prix et sans la foule. Moon Hill, à 20 minutes en vélo électrique de la rue de l'Ouest, abrite une arche naturelle que l'on peut escalader pour 15 ¥ d'entrée, avec une vue vraiment marquante sur la vallée environnante — mieux vaut y aller avant 9h ou après 16h pour éviter les groupes.
La meilleure chose à faire à Yangshuo, honnêtement, c'est de louer un vélo et de se perdre pendant tout un après-midi. Les petites routes entre les rivières Yulong et Li serpentent au milieu des buffles d'eau, des rizières en terrasses et de petites pensions familiales qui n'apparaissent sur aucune carte. Des démonstrations de pêche au cormoran ont lieu la plupart des soirs le long de la rivière — assez théâtrales et clairement mises en scène pour les touristes désormais, certes, mais l'image reste frappante au crépuscule, avec les pêcheurs poussant leurs radeaux de bambou à la perche et les oiseaux perchés à la proue.
Se déplacer sans perdre de temps
Le thé sucré à l'osmanthe est idéal pour rafraîchir le palais après un plat épicé.
L'hiver (décembre-février) est sincèrement sous-estimé, à condition de ne pas craindre les ciels gris et des températures comprises entre 5 et 12 °C. Les groupes de touristes se raréfient nettement, les tarifs hôteliers baissent de 20 à 30 %, et le karst brumeux et monochrome possède un charme mélancolique que la version verte et carte postale ne capture pas. On perd un peu de couleur, mais on gagne en solitude — un échange que beaucoup de voyageurs trouveront avantageux.
Un programme simple sur quatre jours
Jour un : Arrivée, installation dans un hôtel du quartier des Deux Rivières et Quatre Lacs, puis soirée consacrée à la promenade autour des lacs et à la croisière nocturne illuminée. Peu d'efforts pour un résultat très satisfaisant après le décalage horaire.
Jour deux : Croisière complète sur la rivière Li jusqu'à Yangshuo, avec départ avant 9 h. Installation l'après-midi dans une pension à Yangshuo, puis balade sur la rue de l'Ouest une fois que les groupes d'excursionnistes commencent à repartir, vers 17 h — la ville devient sensiblement plus calme et plus agréable après cela.
Jour trois : Location d'un vélo pour rejoindre tôt la colline de la Lune, puis après-midi consacré au radeau sur la rivière Yulong ou à l'exploration des petites routes. Le soir : pêche au cormoran le long de la rivière si une démonstration est prévue, suivie d'un dîner face à l'eau.
Jour quatre : Bus matinal retour vers Guilin (70 à 80 minutes), visite du parc des Sept Étoiles ou de la grotte de la Flûte de Roseau (110 ¥ l'entrée, formations calcaires illuminées remarquables, à faire plutôt tôt pour éviter les groupes en autocar), puis départ depuis l'aéroport international de Liangjiang ou poursuite en train à grande vitesse.
Cinq ou six jours permettent de ralentir considérablement le rythme — une journée supplémentaire à Yangshuo n'est jamais du temps perdu, et une demi-journée consacrée à la colline de la Trompe d'Éléphant ainsi qu'aux grottes de la colline Fubo complète agréablement la visite de la ville si le temps le permet.
Notes pratiques avant de réserver
La monnaie locale est le yuan chinois (CNY), et l'acceptation des espèces continue de diminuer : la plupart des commerçants locaux attendent un paiement par WeChat Pay ou Alipay. Configurer l'une de ces applications avant l'arrivée (les deux acceptent désormais les cartes étrangères via leur inscription internationale) évitera bien des désagréments. Il reste néanmoins utile de garder du liquide pour les petites pensions et les étals ruraux qui n'ont pas encore basculé vers le numérique.
Le mandarin est la langue du quotidien, et la signalétique en anglais se raréfie rapidement dès qu'on quitte les zones touristiques principales — le personnel hôtelier des quartiers centraux se débrouille généralement en anglais de base, mais il est utile d'avoir une application de traduction installée avant l'arrivée. Le dialecte local sonne sensiblement différent du mandarin standard pour qui l'aurait appris ailleurs ; pas de quoi s'étonner si l'accent d'un commerçant ne correspond pas à ce à quoi on s'attendait.
Il faut prévoir des vêtements adaptés à l'humidité entre mai et septembre — les vallées karstiques retiennent la moisissure, et même une courte balade à vélo en juillet suffit à faire transpirer dès 10 h du matin. La protection solaire compte plus que la plupart des visiteurs ne l'imaginent ; le reflet du soleil sur la rivière amplifie l'exposition lors des journées de croisière.
Côté hébergement, il vaut la peine de consulter les offres d'hôtels à Guilin actuelles avant de choisir un quartier — ces dix minutes sont bien investies, car les disponibilités évoluent rapidement pendant la saison d'avril à octobre, et la différence entre réserver deux semaines à l'avance ou deux mois à l'avance peut être significative, tant sur le prix que sur le choix.
Guilin, une destination qui vaut le déplacement ?
Oui, avec une réserve : mieux vaut ne pas la traiter comme une simple escale d'une journée greffée à un itinéraire plus vaste. Ce paysage a besoin de temps pour se révéler — la brume, la lumière sur la rivière, la façon dont les pics changent de caractère entre l'aube et le milieu du jour — et une halte expresse de 24 heures se contente de confirmer que les cartes postales ne mentaient pas, sans offrir la satisfaction de vraiment s'imprégner du lieu. Il faut compter au moins trois nuits, quatre si possible, et laisser Yangshuo occuper toute la place qui lui revient plutôt que de l'écourter pour gagner une journée. Ces montagnes sous le ciel attirent les voyageurs depuis plus de mille ans ; elles ne vont nulle part, mais l'itinéraire, lui, devrait leur laisser une vraie chance.