Tachkent ne ressemble pas à la ville de la route de la soie qu'on imagine. De larges avenues héritées de l'époque soviétique, un métro décoré comme un palais souterrain, et une ligne d'horizon qui mêle carreaux bleus timourides et béton brutaliste : voici la plus grande ville d'Asie centrale, et elle joue selon ses propres règles. La plupart des voyageurs n'y passent qu'une nuit avant de filer vers Samarcande ou Boukhara. C'est une erreur qu'il vaut la peine de corriger.
En restant deux ou trois nuits, Tachkent cesse de ressembler à une simple escale aéroportuaire et révèle sa propre texture : une madrasa du XVIe siècle à deux rues d'une fresque en mosaïque soviétique, du plov mijoté dans une marmite grande comme une baignoire, et un trajet en métro qui vaut à lui seul une visite de musée gratuite. Les hôtels à Tachkent vont des pensions à 25 dollars la nuit aux tours d'affaires en verre, et le choix du quartier façonne le séjour plus que dans presque toute autre ville d'Ouzbékistan.
Où loger : les quartiers de Tachkent, sans détour
Tachkent est immense et très étalée — plus proche d'Almaty ou de Bakou que de la compacte Boukhara. Se tromper de base de séjour signifie souvent 30 minutes de taxi pour rejoindre le moindre lieu d'intérêt. Voici comment se comparent les quatre quartiers les plus pratiques.
Shaykhantakhur, le vieux quartier historique, s'impose si le bazar de Chorsu et le complexe Khast Imam sont vos priorités. C'est la partie la moins « moderne » de Tachkent — ruelles étroites, habitat bas de style mahalla, et la madrasa Kukeldash du XVIe siècle à cinq minutes à pied de votre porte. Les pensions y coûtent de 20 à 35 dollars la nuit. En contrepartie : peu de restaurants, et l'ambiance peut sembler bien calme après 21 heures.
Mirzo Ulugbek est le choix pragmatique. Les hôtels de milieu de gamme s'y regroupent le long de la ligne de métro, à 15-20 minutes de Chorsu, de la tour de télévision et de la place de l'Indépendance, sans payer les tarifs du centre-ville. Comptez 35 à 60 dollars pour une chambre double 3 étoiles impeccable. C'est le quartier que je recommanderais à la plupart des primo-visiteurs.
Iounoussabad est le quartier des hôtels internationaux de Tachkent — Hyatt, Hilton et quelques chaînes locales 4 étoiles bordent le boulevard périphérique, à dix minutes de taxi de la tour de télévision. Les chambres coûtent de 70 à 130 dollars. C'est soigné mais sans caractère particulier ; on paie ici la fiabilité, pas l'atmosphère.
Chilonzor, à l'ouest, est le quartier où vivent réellement les habitants. Immeubles d'époque soviétique, vrais marchés de quartier, et des prix d'hôtel inférieurs de 10 à 15 dollars à ceux de Mirzo Ulugbek pour une chambre comparable. Idéal pour un séjour d'une semaine si l'on souhaite se sentir résident plutôt que touriste.
| Quartier | Idéal pour | Fourchette de prix (double) | Accès métro |
|---|---|---|---|
| Shaykhantakhur | Vieille ville, bazar de Chorsu | 20–35 $ | Station Chorsu, 10 min à pied |
| Mirzo Ulugbek | Primo-visiteurs, bon équilibre | 35–60 $ | Sur la ligne, accès direct |
| Iounoussabad | Voyages d'affaires, confort | 70–130 $ | 10 min de taxi jusqu'à la station la plus proche |
| Chilonzor | Petit budget, longs séjours | 25–45 $ | Sur la ligne de Chilonzor |
Quel que soit le quartier choisi, mieux vaut réserver à l'avance de fin avril à début juin — c'est la période où les groupes touristiques européens et russes affluent le plus avant la chaleur estivale, et les bonnes adresses de milieu de gamme se réservent une à deux semaines à l'avance. Réserver deux mois plutôt que deux semaines à l'avance permet généralement d'économiser 15 à 20 % sur les hôtels de chaînes internationales d'Iounoussabad en particulier ; les pensions économiques de Shaykhantakhur, elles, varient beaucoup moins.
Le métro, une attraction à part entière, pas seulement un moyen de transport
Le premier jour, mieux vaut oublier la visite guidée de la ville et acheter plutôt un jeton de métro — 1 900 sons, environ 15 centimes — pour parcourir la ligne rouge de Chorsu à Kosmonavtlar.
Le métro de Tachkent a ouvert en 1977, ce qui en fait le premier d'Asie centrale, et les urbanistes soviétiques ont conçu chaque station comme une œuvre architecturale à part entière. La station Kosmonavtlar rend hommage à la conquête spatiale soviétique, avec des médaillons en céramique représentant des cosmonautes incrustés dans des murs bleu profond qui évoquent véritablement l'intérieur d'un vaisseau spatial. La station Alicher Navoï reprend des motifs de faïence turquoise directement inspirés de l'architecture timouride, un pont délibéré entre la vieille ville et la cité soviétique bâtie par-dessus. Mustaqillik Maydoni est ornée de lustres en cristal qui ne dépareraient pas dans un opéra.
La photographie était interdite à l'intérieur des stations jusqu'en 2018 — un vestige de la paranoïa sécuritaire de l'époque soviétique, le métro devant aussi servir d'abri antiatomique — si bien qu'on fait partie des premières générations de touristes à pouvoir réellement les photographier sans esquiver le sifflet d'un garde. Mieux vaut y aller un jour de semaine avant 9 h pour éviter d'avoir un mur de voyageurs dans le cadre.
Au-delà de son intérêt touristique, le réseau constitue tout simplement une bonne infrastructure : trois lignes, des rames toutes les 3 à 5 minutes, et un tarif unique quelle que soit la distance parcourue. Une course en taxi à travers la ville via Yandex Go coûte entre 2 et 4 dollars selon la circulation, pour un trajet de 20 à 40 minutes. Le métro, lui, met 15 à 25 minutes et ne connaît jamais les embouteillages. Pour qui loge à Mirzo Oulougbek ou à Chilonzor, c'est vraiment le moyen le plus rapide de rejoindre la vieille ville.
Un avertissement pratique : les sacs passent au scanner à rayons X à l'entrée de chaque station, une mesure de sécurité héritée du passé qui ajoute environ 30 secondes, sauf en cas de file d'attente aux heures de pointe (environ 8 h-9 h et 18 h-19 h). Rien de bien contraignant, mais autant ne pas être pris au dépourvu.
Le bazar de Tchorsou et la vieille ville
Le bazar de Tchorsou s'abrite sous une coupole turquoise de la taille d'un petit stade : c'est l'un des plus grands marchés couverts d'Asie centrale. Les marchands y vendent des abricots secs au kilo, des montagnes d'épices dans des sacs ouverts, du pain non empilé fraîchement cuit, et — à l'étage, loin du flux touristique — des articles ménagers bon marché que les habitants viennent réellement acheter. Mieux vaut s'y rendre avant 10 h : passé midi, la foule et la chaleur rendent la visite éprouvante, surtout de juin à août.
Le marchandage est de mise pour tout ce qui dépasse les denrées alimentaires de base, mais sans excès : faire baisser un vendeur de 15 000 à 10 000 som pour une écharpe ne fait économiser qu'environ 1,30 dollar et fait perdre dix minutes à chacun, qui pourraient être mieux employées. Les prix des produits alimentaires sont largement fixes et peu élevés : un kilo de fruits secs coûte entre 25 000 et 40 000 som (2 à 3,20 dollars), un pain non frais entre 5 000 et 8 000 som.
À cinq minutes à pied du bazar se trouve la madrasa Koukeldach, une école coranique du XVIe siècle encore partiellement en activité, ainsi que le complexe de Khast Imam, qui abrite ce qui serait le plus ancien Coran au monde — le Coran d'Othman, daté du VIIe siècle, exposé sous verre dans une bibliothèque construite à cet effet. L'entrée au complexe de Khast Imam est gratuite ; la visite mérite une heure, pas davantage.
On évitera les visites guidées à pied qui partent des grands hôtels : elles traversent le bazar de Tchorsou trop vite et s'attardent trop longtemps dans les boutiques de souvenirs. Parcourir le quartier soi-même avec un plan sommaire prend le même temps, environ deux heures, et on garde un bien meilleur souvenir de ce que l'on a vu.
Où se trouve vraiment le carrelage bleu timouride
Voici ce qu'on comprend mal avant de visiter : Tachkent n'est pas Samarcande. Les madrasas aux dômes turquoise que l'on voit sur toutes les cartes postales — Registan, Bibi-Khanym — sont à trois heures de train, pas ici. L'architecture islamique de Tachkent est bien réelle, mais plus modeste : la madrasa Koukeldach, le complexe Khast Imam, et la Mosquée Minor restaurée, sur le canal Ankhor, construite en 2014 dans un style délibérément traditionnel, en marbre blanc plutôt que dans la tradition plus ancienne des carreaux bleus.
Ce que Tachkent possède et que Samarcande n'a pas, c'est cette collision des époques. On marche depuis la cour du XVIe siècle de Khast Imam, on longe un immeuble soviétique, et on débouche sur la place Amir Timour, où une statue en bronze de 1994 représente le conquérant du XIVe siècle à cheval, à l'emplacement autrefois occupé par une statue de Karl Marx, puis de Staline, puis à nouveau de Marx. Cette superposition — empire, ère soviétique, indépendance — constitue la véritable identité de Tachkent, et elle s'avère plus intéressante qu'une énième madrasa photogénique, à condition de lui consacrer du temps.
La tour de télévision de Tachkent, haute de 375 mètres, est la plus haute structure d'Asie centrale et dispose d'une plateforme d'observation (entrée autour de 35 000 som, soit environ 2,80 dollars) offrant une vue qui rend l'ampleur de la ville évidente — elle s'étend dans toutes les directions, sans limite visible. Mieux vaut y aller au coucher du soleil : la brume qui aplatit les photos en journée se pare alors d'or et d'orange pendant une vingtaine de minutes.
La place de l'Indépendance, à quinze minutes à pied de la place Amir Timour, mérite le détour rien que pour le monument de la Mère éplorée — une flamme éternelle rendant hommage aux soldats ouzbeks tombés pendant la Seconde Guerre mondiale, accompagnée d'un mur d'inscriptions sincèrement émouvant, listant les noms par région. C'est un contrepoint paisible au chaos des bazars qui règne ailleurs dans la ville.
À table : le plov, une évidence
Le plov ouzbek — du riz cuit dans de la graisse et du bouillon avec des carottes, des oignons et de l'agneau ou du bœuf — se mange ici au déjeuner, pas au dîner, et Tachkent prend la chose suffisamment au sérieux pour que des restaurants entiers ne cuisinent que ça. Besh Qozon (aussi appelé le Centre du plov d'Asie centrale) cuisine dans des chaudrons pouvant contenir des centaines de portions et affiche complet la plupart des jours dès 14 h. Une assiette coûte entre 25 000 et 35 000 som (2 à 2,80 dollars). Il vaut mieux arriver avant 12h30, sans quoi il faudra se rabattre sur autre chose.
Au-delà du plov, la scène culinaire de Tachkent reflète son héritage soviéto-diasporique : des salades coréennes (héritage des Koryo-saram déportés et installés ici en 1937) vendues au poids à Chorsu, des bistrots de style russe à Younoussabad, et des classiques ouzbeks comme le chachlik (brochettes de viande grillée, 8 000 à 15 000 som la brochette) et le lagman (soupe de nouilles tirées à la main, environ 20 000 som), que l'on trouve partout entre les deux.
Quelques précisions honnêtes : les portions sont généreuses et les plats copieux — mieux vaut éviter une grande promenade juste après un plov. Des options végétariennes existent, mais il faut les demander expressément ; par défaut, la plupart des restaurants partent du principe qu'on mange de la viande. Et si l'alcool est disponible (ce n'est pas un pays sec), il ne faut pas s'attendre à une vie nocturne animée, en dehors de quelques bars d'hôtels à Younoussabad.
| Plat | Où | Prix (approx.) | Meilleur moment |
|---|---|---|---|
| Plov | Besh Qozon | 25 000–35 000 som | Déjeuner, avant 13 h |
| Chachlik | Étals de rue, dans toute la ville | 8 000–15 000 som/brochette | Soirée |
| Lagman | Cafés locaux | ~20 000 som | Déjeuner ou dîner |
| Salades coréennes | Bazar de Chorsu | Vendues au poids | Matin |
Tachkent pratique : visa, argent, météo
La plupart des nationalités — Américains, Britanniques, ressortissants de l'Union européenne et bien d'autres — sont éligibles au e-visa ouzbek, à demander en ligne, avec un traitement qui prend généralement 2 à 3 jours ouvrés. Comptez environ 20 dollars. Mieux vaut ne pas s'en remettre à l'aéroport : l'option visa à l'arrivée concerne moins de pays que le e-visa.
La monnaie locale est le som ouzbek, et les espèces restent reines en dehors des hôtels internationaux — prévoyez du som pour les bazars, les taxis et les petits restaurants. Les distributeurs sont fréquents dans le centre-ville et à Younoussabad, mais moins fiables à Tchilanzar et dans la vieille ville : mieux vaut retirer plus que ce qu'on pense nécessaire. Les paiements par carte se sont fortement développés depuis 2022, mais un nombre surprenant d'établissements, y compris des restaurants avec service à table, n'acceptent que les espèces.
La météo est le facteur décisif pour choisir sa période. En juillet et août, les températures atteignent régulièrement 38–40 °C, sans véritable répit une fois la nuit tombée — Tachkent devient franchement inconfortable en plein été, et il vaut mieux éviter d'y prévoir un itinéraire à pied chargé à cette période. D'avril à juin et de septembre à octobre, on trouve la fenêtre idéale : 20–28 °C, un ciel dégagé, et les bazars comme la vieille ville restent agréables jusque tard dans l'après-midi. Les hivers sont froids mais doux pour la région, descendant rarement sous -5 °C, avec quelques chutes de neige légères en janvier.
Côté langue, l'ouzbek et le russe sont parlés partout, et le personnel des hôtels de milieu et haut de gamme se débrouille généralement en anglais. La signalétique penche plutôt vers l'ouzbek (en alphabet latin), le russe restant présent sur les bâtiments plus anciens. Quelques phrases de base en russe font davantage effet auprès des chauffeurs de taxi et des vendeurs de bazar que l'anglais.
Un programme réaliste sur 2 jours (et ce qu'on peut ajouter si on reste plus longtemps)
Jour 1 : Matinée au bazar de Chorsu avant que la chaleur et la foule ne s'installent, puis la madrasa Kukeldash et le complexe Khast Imam à pied — prévoir trois heures au total. Déjeuner chez Besh Qozon (arriver avant 12h30). Après-midi : parcourir la boucle du métro pour l'architecture, avec la station Kosmonavtlar en point d'orgue. Soirée : place Amir Timour et promenade le long du canal Ankhor, en passant devant la mosquée Minor.
Jour 2 : Faire la grasse matinée — Tachkent ne récompense pas les départs matinaux comme le fait la chaleur estivale de Boukhara. Fin de matinée au musée des Arts appliqués (petit, remarquable, souvent négligé — entrée autour de 25 000 som, et la maison de marchand du XIXe siècle qui l'abrite constitue la moitié de l'intérêt de la visite). Après-midi à la plateforme d'observation de la tour de télévision, à programmer pour l'heure dorée. Dîner à Younoussabad pour une pause dans la cuisine ouzbèke, ou un nouveau tour de chachlyk si l'on n'en a pas envie.
Cela suffit pour une première impression solide, sans sacrifier trois jours qu'on préférerait passer à Samarcande ou à Boukhara. Pour un séjour plus long, on peut ajouter une excursion d'une journée dans les montagnes de Tchimgan, à environ 90 minutes au nord-est, pour de la randonnée et un paysage vraiment différent des plaines qui entourent la ville — une marchrutka (minibus partagé) coûte environ 25 000 som l'aller. Une troisième journée en ville se justifie pleinement pour visiter le musée d'Histoire de Tachkent, près de la place Amir Timour, ou simplement pour revenir à Chorsu un dimanche, quand le bazar tourne à plein régime avec des vendeurs venus des villages alentour qui ne s'y montrent pas en semaine.
Pour résumer
Tachkent récompense les voyageurs qui cessent de la considérer comme une simple escale. Mieux vaut se loger à Mirzo Oulougbek ou à Chaykhantaour selon qu'on privilégie la commodité du métro ou la marchabilité de la vieille ville, manger son plov avant 13h, et prendre le métro pour l'architecture même sans destination précise. La ville ne rivalisera pas avec Samarcande côté photogénie — rien ici n'égale le Registan — mais elle offre un aperçu plus fidèle de ce à quoi ressemble réellement l'Ouzbékistan aujourd'hui : superposé, un peu chaotique, et moins cher qu'on ne l'imaginerait pour une capitale.
Parcourez les hôtels à Tachkent dans les quatre districts de la ville, comparez les prix selon les quartiers, et privilégiez une adresse proche du métro si vous ne prévoyez que deux nuits sur place — c'est le choix qui fera gagner le plus de temps, bien plus que n'importe quel autre.